Culture et Mode
A Aix-en-Provence, un salon de coiffure perpétue l’art du barbier dans un décor qui mélange mobilier ancien et techniques modernes. Barbes de trois jours ou sculptées lui disent merci.
Texte et Photos Jean-Dominique Dalloz - 1er Mars 2012
Il y a d’abord ce nom peint sur la devanture en bois du salon, Figaro, qui rappelle le malicieux barbier sévillan immortalisé par l’opéra de Beaumarchais et de Rossini. Dans la petite vitrine d'Aix, une affiche au graphisme rétro promet que «se faire raser devient un plaisir». Et à la mine réjouie et brillante des clients qui sortent de la boutique, il effectivement assez difficile de croire que ce n’est pas le cas.
A l’intérieur, dans un décor simple de boiseries et de grandes glaces, Ilir Palaj officie. Le jeune homme a aligné sur une serviette les outils nécessaires à la pratique de son art : savon à barbe, crème à raser, blaireau, rasoirs et ciseaux.
«Les instruments n’ont pas beaucoup évolué avec le temps, note Ilir. Seuls les rasoirs à lame démontable ont remplacé le coupe-choux de nos grands-pères ». Pour les besoins de la photo, le barbier a sorti sa vieille bande de cuir sur laquelle on affutait la lame des rasoirs il y a quelques années encore.
Six beaux fauteuils anciens accueillent les clients. Leurs coussins et appuie-têtes au cuir tanné par les générations d’hommes qui s’y sont assis attestent de leur âge vénérable : «celui-ci date de 1910, sourit Ilir, c’est un véritable fauteuil de barbier inclinable, avec appuie-tête démontable».
Une modularité nécessaire pour pouvoir bien travailler ; la tête bien rejetée vers l’arrière, le client peut offrir sa gorge aux gestes sûrs du barbier. Le rituel est immuable : passé à l’eau chaude, le blaireau humidifie la peau, avant de plonger dans le savon à barbe et d’étaler la mousse sur les joues. Ilir peut ensuite exercer son art, en maniant le rasoir selon un parcours sur le visage que lui seul semble connaître. «De nos jours, très peu d’hommes portent la barbe, constate notre Figaro. La clientèle est essentiellement constituée de clients qui veulent se faire plaisir une ou deux fois par mois, après s’être laissé pousser une barbe de trois à quatre jours».
Il y a aussi les esthètes, qui lui demandent d’entretenir une barbe finement sculptée. Voici venu le meilleur moment : Ilir applique sur le visage de son client une serviette bien chaude, qu’il presse doucement de ses deux mains pendant de longues secondes. C’est ensuite le massage avec une crème hydratante, qui préviendra l’éventuel feu du rasoir. «Le rasage chez le barbier était autrefois vécu comme une nécessité, précise Ilir. C’est devenu aujourd’hui un vrai plaisir, pour des hommes qui ne rechignent plus à prendre soin d’eux».
A ne pas manquer
Figaro
1 cours Gambetta
Aix-en-Provence
T 04 42 21 40 00