Nature
La tradition caprine ne s’est jamais éteinte en Provence. En témoignent les élevages installés dans les collines autour de Forcalquier ou Banon. Rencontre avec un chevrier enfant du pays, revenu à la ferme familiale.
Par Jean-Dominique Dalloz - Photos DR - 25 Juillet 2012
« Je suis un peu un cas à part, sourit Joël Corbon. Fils d’agriculteurs installés depuis toujours à Limans, on peut toutefois me qualifier de néo-rural ». Comme nombre de jeunes de sa génération, ce quinquagénaire au visage émacié est parti de l’exploitation familiale pour suivre des études : « je suis revenu au début des années 90, pour reprendre la ferme de mes parents ». Un retour à la terre somme toute logique pour cet homme, qui avoue avoir toujours gardé chevillé au corps le goût de vivre dans ce coin de Provence.
Là où la génération précédente élevait brebis et pratiquait la polyculture, Joël a relancé l’élevage de la chèvre provençale, alors en voie de disparition. «Au-delà de la protection de l’espèce, mon but était également de proposer de nouveau les fromages traditionnels de Haute-Provence». Banon AOC, crottins, tomes à l’ancienne, Cachaille : le lait des 48 chèvres à long poil est particulièrement adapté à cette production, que Joël Corbon et sa femme vendent exclusivement sur place, à la ferme.
Participant au programme Action globale innovante pour la Région (AGIR) mis en place par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’exploitation de Joël Corbon se veut exemplaire : à taille humaine, elle développe des techniques d’élevage et d’agriculture éco-environnementales et utilise au mieux les énergies renouvelables. La polyvalence des pratiques agricoles est également un principe fondamental : des brebis mangent le rebut laissé par les chèvres et quatre porcs élevés en semi-plein air ingèrent les sous-produits de la fromagerie et les déchets alimentaires de la famille.
Une vie à la ferme qu’il est possible de découvrir en y séjournant : dans le bâtiment principal, une ancienne maison de maître du 18ème siècle, la famille Corbon a aménagé un grand gite dans le style haut provençal d’origine. A moins de deux kilomètres, le village de Limans propose un tourisme durable et de qualité, fondé sur la découverte du territoire. « Ici, nous souhaitons que l’agriculteur soit le moteur du tourisme, souligne Joël Corbon. Il se montre mais on ne le montre pas ». Une fierté assumée, tout à fait compatible avec le sens de l’accueil des Haut-Provençaux.
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